ÉCONOMIE ET MARCHÉ DES JUS DE FRUITS ET NECTARS : UN ECOSYSTÈME FRAGILE À PRÉSERVER

Un environnement fiscal défavorable

Les nectars ont été fragilisés par l’évolution de la fiscalité. La taxe sur les boissons contenant des sucres ajoutés votée en 2012 et appliquée aux nectars a entrainé une chute des volumes consommés de 8,58% en 2014, soit près de 30% en 4 ans !

Environnement

Des coûts de production gouvernés par les matières premières

Coûts de production

Les jus et purées de fruits mis en œuvre dans les jus de fruits représentent entre 60 et 80% des coûts de production. La moindre hausse de prix pour l’achat de ces matières premières impacte directement le prix de revient des jus de fruits proposés aux consommateurs. Les autres coûts de production sont répartis entre l’emballage (entre 10 et 20%) et les frais fixes (main d’œuvre, énergie, logistique).

Le coût des matières premières en hausse continue

La baisse continue de l’euro face au dollar, a renchéri de 20% le coût de la plupart des matières premières qui s’achètent sur les marchés internationaux : orange, pamplemousse, ananas, fruits exotiques... Ce déséquilibre du taux de change, qui s’installe dans la durée, combiné à la raréfaction des fruits destinés au marché des jus de fruits, conduit à des hausses vertigineuses de coûts de production pour les fabricants.

En effet, le prix du concentré d’ananas a été multiplié par 4 en 2015. L’approvisionnement en fruits exotiques est aussi marqué par une nette progression de coût, en particulier concernant la mangue (progression de 50%) ou le fruit de la passion (renchérissement de 60%). Les fruits traditionnels ne sont pas en reste. Ainsi la récolte de pomme européenne en chute, combinée à l’absence de stock (réduisant d’autant la disponibilité de ce fruit), conduisent à des hausses de prix du concentré de l’ordre de 20%.

Enfin, la récolte catastrophique de framboise durant l’été 2015 a conduit au doublement du coût de cette matière première.

Les autres fruits ayant échappé à de mauvaises récoltes sortent souvent d’épisodes récents de fortes hausses comme le pamplemousse dont le prix du concentré a gagné 150% en 10 ans ou le pur jus de raisin qui a progressé de 70% ces dernières années.

Coût

Le coût des matières premières en hausse continue

L’effet du taux de change en défaveur de l’importation des matières premières ne suffit pas à expliquer à lui seul cette hausse régulière et parfois brutale du coût des matières premières.

des conditions naturelles difficiles

Il faut aussi souligner les conditions climatiques désastreuses ces dernières années (typhons en Thaïlande, ouragans à Cuba), qui ont occasionné de mauvais rendements dans les vergers, la production de fruits de moindre qualité ou la prolifération de ravageurs.

une concurrence accrue

De plus, la concurrence accrue d’autres cultures plus rentables (canne à sucre, maïs ou soja), la forte compétition sur les débouchés entre le fruit de bouche et la transformation (ananas en boite), voire les politiques de subvention des stocks (jus d’orange du Brésil), ont réduit encore davantage les quantités disponibles. En Europe également, la politique d’arrachage primé des vignes entraine une pénurie de matière première pour les jus de raisin et une envolée des cours de la matière première disponible.

hyper-concentration de certains fournisseurs

Outre la moindre disponibilité des matières premières, les fabricants doivent également faire face à un marché tendu par l’hyper-concentration de leurs fournisseurs d’oranges, au nombre de trois seulement. Par ailleurs, leurs coûts de production sont également influencés par les évolutions des coûts de l’énergie, de la main-d'œuvre et des traitements.

La guerre des prix bas entre distributeurs empêche la répercussion normale de ces surcoûts sur le prix de vente

Les hausses vertigineuses des coûts de production des fabricants sont très loin d’être répercutées sur les prix de vente auprès des distributeurs.

Au cœur de la guerre des prix, les jus de fruits ont ainsi vu leurs prix de vente aux consommateurs diminuer en 2014. Ils ont en moyenne reculé de 0,4% entre 2013 et 2014, tandis que les fabricants devaient rogner sur leurs marges permettant

d’assurer l’avenir du secteur. Beaucoup d’entre eux envisagent déjà un gel des investissements et des embauches, voire des plans de restructuration.

Sur le plus long terme, si la hausse du coût des matières premières et la guerre des prix se poursuivent, c’est l’existence même de tout le secteur des jus de fruits qui sera remise en question.

Toute éventuelle hausse du prix de vente des jus de fruits ne priverait pas ces produits d’un avantage compétitif indiscutable par rapport aux jus de fruits pressés maison. Ainsi le jus d’orange vendu en magasin est en moyenne presque trois foix moins cher que le jus d’orange pressé maison !

comparaison de 1l de jus d’orange industriel avec 1L de jus d’orange “ maison ”

1L jus d’orange* 1L jus d’orange “ maison ”
soit environ 2kg d’oranges
1kg d’oranges**
Prix moyen
1,42€
4,10€ 2,05€

* Source : Nielsen, année 2014 ** Source : INSEE, année 2014